Chroniques trantoriennes

16 mars 2007

Le trou dans la couche d'ozone, c'était lui !

Ah ! le beau et difficile métier de journaliste !

Imaginez ces pauvres bougres, blanchis sour le harnais d'un dogme inflexible qu'ils nomment objectivité. Soit dit en passant, les journalistes ont la fâcheuse habitude de confondre objectivité et neutralité. Le résultat : des aberrations qui prêteraient à la franche rigolade si les sujets abordés n'étaient pas aussi dramatiques.

Dernier exemple en date, particulièrement frappant : dans l'édition du 16 mars du quotidien gratuit canadien 24 heures (édition de Montréal, page 10) deux articles l'un au-dessus de l'autre donnent le ton de ce que doit être le combat qui fait rage dans le for interne du journaliste pour défendre son éthique (toc).

Prisonnier de la CIA depuis mars 2003, Khalid Cheikh Mohammed, le prétendu n˚3 d'Al-Qaeda, aurait avoué (ah ! le plus-que-parfait du conditionnel antérieur, la conjugaison de prédilection du journaliste qui ne sait rien et qui ne veut pas prendre de risque) ! Soit, mais il aurait avoué quoi ? Oh, presque rien : la responsabilité totale des attentats du 11 septembre, la décapitation de Daniel Pearl (qu'il aurait accompli personnellement, lui-même, en personne, de ses mains), les tentatives de 31 attentats, notamment contre Jimmy Carter (!) et Bill Clinton (et Jean-Paul II, selon d'autres médias).

Bref, en villégiature au Club Méd de Guantanamo depuis 4 ans, le gars a interrompu son apérobic pour se fendre d'un petit communiqué de presse (la CIA appelle ça un compte-rendu d'interrogatoire, question de jargon) et nous annoncer qu'il figure effectivement sur le podium des ennemis publics des USA.

Et puis, en-dessous, un petit article, quasiment anodin, qui nous apprend que le même ex n˚3 d'Al-Qaeda se serait plaint (peut-être-apparemment-éventuellement-à-ce-qui-paraît- y-z'ont-dit-aux-infos). Et il se serait plaint de quoi ? Oh, d'une peccadille : avoir subi des tortures.

Oh, on vous le dit, juste comme ça en passant. Vous en faites ce que vous voulez. Nous, journalistes, ne faisons que notre travail qui est de vous informer, en toute objectivité...

Tout ça pour dire que, à l'issue de sa prochaine séance d'aquagym avec les GO de son club de vacances cubain, Khalid Cheikh Mohammed devrait nous annoncer que l'inversion du Gulf Stream, la dérive des continents, l'explosion des supernovae, les épisodes maniaco-dépressifs de Britney Spears, c'est lui...

Comme disait Coluche :
Ah, ils se foutent bien de notre gueule...

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10 mars 2007

Islamophobes, qu'y disaient...


Les cons, ça ose tout, c'est même à ça qu'on les reconnaît.
Michel Audiard
Les Tontons flingueurs


Fin janvier, un nouveau jalon abyssal du politically correct a été atteint par une poignée de musulmans britanniques, au nom de l'Islamic Human Rights Commission (IHRC), une association londonienne qui se consacre à la lutte contre les discriminations raciales, confessionnelles et politiques.

Dans un rapport intitulé British Muslims Expectations of the Government – The British Media and Muslim Representation: The Ideology of Demonisation[1] , l'IHRC tire à boulets rouges sur le grand Satan culturel de l'Occident. Sous ce feu nourri, en première ligne, le cinéma est dépeint comme une machine à fabriquer de l'islamophobe à la chaîne.

L'argumentaire n'est pas nouveau. Ce qui l'est en revanche, c'est la publication d'une liste de films – dont sont tirés des extraits hors contexte – pour démontrer par a + b le racisme latent du procédé. Les six films ainsi incriminés sont :

État de siège (The Siege – 1998) de Edward Zwick ;

Ultime décision (Executive Decision – 1996) de Stuart Baird ;

Aladin (Aladdin – 1992) de Ron Clements et John Musker;

Fish and Chips (East Is East – 1999) de Damien O'Donnell;

House of Sand and Fog (id. – 2003) de Vadim Perelman;

et...

Les Aventuriers de l'Arche perdue (Raiders of the Lost Ark – 1981) de Steven Spielberg.

La question n'est pas de savoir si Spielberg est ou non islamophobe. La réponse est non, à l'évidence (on pense à Munich, mais aussi, plus subtilement à Minority Report et La Guerre des Mondes).

Il s'agit plutôt de déterminer si le premier volet de la tétralogie Indiana Jones est ou non un film islamophobe. Intéressons-nous donc au regard empli de cécité que porte l'IHRC sur ce film[2] et rions de bon coeur. Car il vaut mieux en rire...

En premier lieu, on remarquera que cinq des six films vilipendés sont des productions américaines. Seul Fish and Chips est une production britannique. Mais il est fort étonnant de le trouver sur cette liste. Le film est en effet écrit par Ayub Khan-Din, d'après sa propre pièce de théâtre. Or, l'auteur est un Anglais d'origine pakistanaise de confession musulmane ; cette œuvre est par ailleurs largement autobiographique.

Les rédacteurs du rapport de l'IHRC condamnent donc la vision occidentalisée, déformée de l'islam que présentent les films britanniques en prenant pour exemple :
- 5 films américains;
- 1 film britannique écrit par un musulman

Au vu du titre du rapport, cette section du document se révèle totalement hors sujet. Mais soyons beau joueur. Dépassons cette maladresse méthodologique et passons aux pages spécifiquement consacrées au film de Spielberg.

The cultural stereotypes and scenarios are patently obvious in Raiders of the Lost Ark as most of it is set in Egypt (though actually filmed in Tunisia).

Les auteurs du rapport sous-entendent ainsi que le film est d'autant plus mal conçu au plan historique et sociologique qu'il est censé se dérouler en Égypte alors qu'il a été filmé en Tunisie.

En premier lieu, nos cinq érudits britanniques ne nous démontrent pas à quel point le désert tunisien diffère du désert égyptien. Mais surtout, ils auraient gagné à se renseigner quelque peu sur le film qu'ils vitupèrent ainsi. En effet, les nombreuses scènes censées se dérouler au Caire ont été tournées à Kairouan. Détail loin d'être anodin. En effet, la ville du Caire (El Kahira) a été fondée en 969 par les Fatimides, une secte musulmane qui régna sur l'Égypte de cette date à 1171. Or, les Fatimides étaient alors depuis plusieurs siècles les souverains de… Kairouan ! Cette cité est d'ailleurs une des "Villes Saintes" de l'Islam, après La Mecque, Médine, Jérusalem et… Le Caire. Et malgré les siècles, plusieurs lieux cairotes témoignent encore de la ville fastueuse bâtie par les Fatimides, à l'image de leur ancienne capitale : la salle de prières originelle de la mosquée al-Azhar, quatre mosquées plus ou moins remaniées au fil du temps et trois des somptueuses portes de l'enceinte fortifiée (Bâb al-Nâsir, Bâb al-Futuh et Bâb Zuwayla).

On le voit, le choix de tourner le film à Kairouan pour des raisons logistiques évidentes ne s'en accompagne pas moins d'une solide recherche historique et architecturale de la part de l'équipe de production du film.

On arriving in Cairo, Indiana Jones and his fearless female companion, Marion, visit the home of Jones’ sidekick, Sallah. They are served by his wife, who dressed in black, passively moves about looking after her husband’s guests and generally being the good wife and hostess.

Faut-il en déduire que les femmes égyptiennes ne sont pas toutes aussi hospitalières ? Par ailleurs, la femme de Sallah ne sert pas ses hôtes américains, elle sourit et parle à plusieurs reprises. Elle n'est pas voilée, ne porte même pas de hidjab et arbore même des boucles d'oreille. Et je le prouve :

Cliquez sur la photo pour l'agrandir.

On cherche encore où est le stéréotype de la femme arabe soumise…

A little later, a street scene again embodies further stereotypes of what the filmmakers want to show us of Cairo and by extension, the Arab world – veiled women, bearded men in traditional dress, bazaars, fruit stalls, hats, drinking vessels, cobbled pavements, narrow streets, sandy and rough surroundings and old architecture. All of these are shown with a backdrop of snake-charming music, interrupted only by the call to prayer. In a café, men sit drinking tea and smoking water pipes, whilst beggars run up to Jones hassling him for ‘bakshish’.

Les auteurs du rapport, musulmans britanniques, n'ont apparemment jamais mis les pieds dans les pays du Maghreb. Je me permets donc de les éclairer sur ce point de ma petite expérience en la matière. Il y a quelques années, j'ai visité la médina et le souk de Marrakech, ainsi que d'autres localités marocaines et tunisiennes. Et j'y ai vu des femmes voilées (peu, il faut le reconnaître), des hommes barbus en abaya (énormément), des bazars, des étals de fruits et légumes, des porteurs d'eau, des ruelles étroites et pavées, des environs de ville sablonneux et arides et une architecture ancienne. J'y ai même vu des montreurs de serpents (et aussi de singes, ce que les auteurs du rapport ont oublié d'ajouter à leur liste de choses qui n'existent pas). Dans tous les cafés, on buvait du thé et on fumait le narguilé. Et j'ai aussi vu un certain nombre de mendiants.

C'était au tournant du XXIème siècle. Or, les auteurs du rapport semblent avoir oublié un détail : le film est censé se dérouler en 1936 !

Ne pas relever l'écoulement de ce laps de temps signifie que, pour les rédacteurs du rapport de l'IHRC, rien n'a changé dans les pays arabes en l'espace de 70 ans. Paradoxalement, ils entendent démontrer le contraire !

Viendrait-il à l'esprit des Français de critiquer un film américain se déroulant dans les années 30 en France et dans lequel les passants porteraient des bérets ? Plus personne (ou presque) ne porte ce fameux béret en France aujourd'hui, mais c'était très courant il y a 70 ans…

A little later, a street scene again embodies further stereotypes of what the filmmakers want to show us of Cairo and by extension, the Arab world (…)

Qu'est-ce qui permet aux auteurs du rapport d'affirmer que les intentions des auteurs du film étaient de montrer des stéréotypes cairotes et de les étendre implicitement à l'intégralité du monde arabe ? Pas le moindre commencement d'explication en ce sens. Seulement une phrase assassine tout-à-fait gratuite.

At the scene of the archaeological dig, we see faceless groups of Arab men dressed in traditional abayahs, singing in Arabic or reciting as they work.

Les terrassiers que l'on entend chanter en travaillant sont ceux qui œuvrent pour Sallah, aux côtés de Jones. Ils ne sont pas "sans visage", même si le seul terrassier que l'on voit en gros plan est Sallah. Mais ce n'est pas là une prise de position raciste. Il s'agit d'un artifice d'écriture dramatique. Sallah personnifie les terrassiers. Il n'est pas un stéréotype, mais un archétype (le sidekick selon la méthode Dramatica[3], l'allié selon Christopher Vogler[4]).

The film characterises (sic) good and bad Arabs – basically divided into those on Indiana Jones’ side and those working for the Nazis.

Premièrement, Spielberg ne s'est jamais caché qu'il avait conçu Les Aventuriers de l'Arche perdue comme un film de série B des années 40 tourné en 1980. Cette approche suppose un certain manichéisme.

Deuxièmement, une foule de personnages arabes apparaissent à l'écran sans qu'ils soient montrés comme des alliés ou des ennemis de Jones. Cela s'explique simplement par le fait que cette foule n'a aucune implication au sens dramatique du terme. Elle n'intervient pas dans l'action et on comprend mal pourquoi (et comment) le cinéaste devrait s'attarder sur la personnalité d'une majorité de figurants, afin de nous les présenter comme… neutres. Nous ne sommes pas dans un documentaire sur la médina du Caire, mais dans une œuvre de fiction.

Troisièmement, le crime le plus grave de Spielberg réside à l'évidence dans le fait d'avoir montré aussi des bons Arabes. À en croire les auteurs du rapport, il aurait apparemment été moins choquant de ne montrer que des méchants Arabes. La logique du discours m'échappe…

D'autant que ces bons Arabes risquent rien moins que leur vie en aidant Jones. À l'image de Sallah qui, dans une scène coupée du film, est sur le point de se faire exécuter d'une balle du Luger de l'officier allemand Dietrich.


Comparons donc cette image avec une autre : dans La liste de Schindler, un ouvrier juif du camp de Plaszow échappe miraculeusement à son exécution par l'officier nazi Amon Goeth dont le Luger persiste à s'enrayer.

Spielberg rapproche ici de façon fulgurante l'Arabe et le Juif. Vous avez dit « islamophobe » ?

The Egyptians are shown as labourers at the dig, street vendors or beggars, and those fighting against Jones are shown as brutish and violent thugs.

Le film montre certes :
- des Arabes terrassiers sur un site archéologique. En Égypte, en 1936, y avait-il beaucoup d'ingénieurs ou d'archéologues parmi les gens du cru, dans un pays prétendûment indépendant mais largement soumis à la "bienveillance" toute coloniale de la Grande-Bretagne ?
- Des Arabes vendeurs de rues… dans le souk, qui est un marché... Incroyable !
- Des Arabes payés pour tuer Indiana Jones qui sont… brutaux et violents. À croire que l'on peut vouloir assassiner quelqu'un avec gentillesse et délicatesse.

On peut même aller plus loin, à l'image de Jeff Jarot qui, il y a quelques années, avait rédigé des Aventuriers de l'Arche perdue une acrimonieuse critique: A Fear of Foreigners (As Well As Snakes): Xenophobic Undercurrents in Raiders of the Lost Ark[5] . Selon ce contributeur du site Spielbergfilms.com, le film est un plaidoyer pour la supériorité de la race blanche et de sa rationalité.

C'est n'avoir proprement rien compris au film ! Sans son ami arabe, nous n'aurions pas donné cher de la peau de Jones et de la réussite de sa mission. Quant à la rationalité occidentale, le final du film la met à mal en deux temps : l'existence du Dieu des Hébreux et la puissance de son Arche renversent les certitudes athées de Jones et des services secrets américains.

Idem avec les pierres indiennes de Sanqqarah dans Le Temple maudit: alors qu'il ne voyait à l'origine dans leurs prétendus pouvoirs que des « contes de bonne femme », Jones finira par reconnaître : « Maintenant, je comprends leur magie.»

The first movie in the [Indiana Jones] series, held the position of one of the most watched movies of all time. It must undoubtedly have had an impact on ideas and images of Arabs and Egyptians amongst both young and old cinemagoers.

Il est symptomatique que les auteurs du rapport se limitent au premier volet de la saga. En effet, les arguments qu'ils développent s'effondreraient d'eux-mêmes au visionnement de … La Dernière croisade. Souvenez-vous : les gardiens du Graal, combattant les Nazis, sont… des Arabes (ou peut-être des Perses).

Prétendre relever l'islamophobie dans Les Aventuriers de l'Arche perdue revient à affirmer que l'on a localisé la nébuleuse NGC 3576 avec des jumelles de théâtre…

La porte de la bêtise étant désormais grande ouverte, je vais m'y engouffrer. Ainsi, en tant que Français, j'envisage de rédiger un rapport de 300 pages pour me plaindre du ridicule accent français de Paul Freeman (Belloq) dans le film. Et je compte bien y expliquer en quoi l'image d'un Français charmeur, bien vêtu, très compétent, intelligent et qui tourne en dérision des Nazis a porté atteinte à la juste considération des Français dans le monde…

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Extraits de : Saied R. Ameli et al., British Muslims expectations of the government – The British Media and Muslim Representation: The Ideology of Demonisation, IHRC, janvier 2007 :

p. 34-35 :

« For this analysis, a range of film genres were examined, including action thrillers (The Siege: 1998, Executive Decision: 1996), drama (House of Sand and Fog: 2003, East is East: 1999) and children’s cartoons (Aladdin: 1992), for their representation of Islam, Muslims and Arabs. It was evident from all genres that they contained negative stereotypes about Islam and Muslims/Arabs. The thrust of these differed as did the actual manifestation, nevertheless, they all exhibited examples of Islamophobic discourses. Thus a broad spectrum including Hollywood action blockbusters, cartoons and British artistic movies are all means through which either crude or exaggerated stereotypes are reinforced or otherwise more subtle disdain of Islam is obtained.»


p. 40-41 :

« The cultural stereotypes and scenarios are patently obvious in Raiders of the Lost Ark as most of it is set in Egypt (though actually filmed in Tunisia). On arriving in Cairo, Indiana Jones and his fearless female companion, Marion, visit the home of Jones’ sidekick, Sallah. They are served by his wife, who dressed in black, passively moves about looking after her husband’s guests and generally being the good wife and hostess.

In contrast, representing the Western woman is Marion, an independent, spirited and brave traveller. A little later, a street scene again embodies further stereotypes of what the filmmakers want to show us of Cairo and by extension, the Arab world – veiled women, bearded men in traditional dress, bazaars, fruit stalls, hats, drinking vessels, cobbled pavements, narrow streets, sandy and rough surroundings and old architecture. All of these are shown with a backdrop of snake-charming music, interrupted only by the call to prayer. In a café, men sit drinking tea and smoking water pipes, whilst beggars run up to Jones hassling him for ‘bakshish’.

At the scene of the archaeological dig, we see faceless groups of Arab men dressed in traditional abayahs, singing in Arabic or reciting as they work. Palm trees, camels and tents all direct the viewer to the things typically associated with Arab cultures and places. The film characterises good and bad Arabs – basically divided into those on Indiana Jones’ side and those working for the Nazis. The Egyptians are shown as labourers at the dig, street vendors or beggars, and those fighting against Jones are shown as brutish and violent thugs. The popularity of the Indiana Jones series, a huge box office success, meant that it was no doubt watched by millions worldwide, and for a long time, the first movie in the series, held the position of one of the most watched movies of all time. It must undoubtedly have had an impact on ideas and images of Arabs and Egyptians amongst both young and old cinemagoers.
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[1] Saied R. Ameli et al., British Muslims expectations of the government – The British Media and Muslim Representation: The Ideology of Demonisation, http://www.ihrc.org.uk/show.php?id=2493.

[2] Les passages du rapport consacrés à ce film sont reproduits in extenso à la fin de cet article.

[3] Melanie-Anne Phillips & Chris Huntley, Dramatica - A New Theory of Story, Screenplay Systems Inc., 4ème éd., 2001.

[4] Christopher Vogler, Le guide du scénariste, éd. Dixit, Paris, 1998.

[5] Cet article fut un temps disponible sur le site Spielbergfilms.com. Ce n'est aujourd'hui plus le cas, mais la prochaine réfection de la section Articles concernant ce film pourrait réactiver ce lien.

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